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Le balafon des oiseaux

En Afrique soudanienne, les milieux naturels se rétrécissent, la biodiversité végétale a tendance à s’appauvrir et à s’uniformiser. Du fait de cette transformation écologique, mais aussi d'évolutions sociales, le rapport des gens à la biodiversité végétale se modifie. Si les aspects économiques de ces bouleversements font l’objet de beaucoup d’attention, on s’attarde généralement peu sur leurs aspects culturels. Le petit objet que nous présentons dans cette vidéo est fabriqué à partir d’herbes qui restent aujourd’hui fréquentes et accessibles dans les espaces cultivés, il n’a pas d’utilité concrète et sa disparition n’aurait pas d’incidence sur la vie économique des Sèmè. Son intérêt est de témoigner d’une proximité de tous les instants avec le monde végétal que les Sèmè les plus âgés ont connue, mais qui ne fait plus partie du quotidien des jeunes. Il atteste par ailleurs de pratiques propres à des groupes d’enfants qui restaient de longs moments entre eux à l’écart des adultes, une condition de moins en moins fréquente.

Dans le cadre du programme, Anne Fournier et Camille Devineau ont réalisé un film accessible ici.

Ce petit objet éphémère censé ressembler à un xylophone ou « balafon », était autrefois couramment tressé par jeu par les enfants chargés de surveiller les champs chez les Sèmè. Sa fabrication s’accompagnait souvent de comptines chantées seul ou à plusieurs. L’un des moyens à la disposition des enfants pour écarter les oiseaux qui menaçaient les semis ou le grain sur pied était en effet de faire du bruit. Le nom donné à cet objet associe souvent celui du xylophone à celui soit de l’oiseau en général, soit d’une espèce d’oiseau particulière. En langue sèmè, l’objet est appelé nīn-ɲál « balafon de mange-mil » (Quelea quelea Linnaeus), qui est un ravageur des cultures. Les herbes les meilleures pour tresser le jouet sont des Cypéracées très commmunes, notamment l’espèce Fimbristylis ferruginea L. (Vahl) qu’on voit utiliser par des gens âgés dans la vidéo. Avec d’autres herbes, tout aussi communes, comme Loudetia hordeiformis (Stapf) C.E. Hubb. (Poacées), qu’on voit utiliser par des adolescents, le tressage est moins facile et l’objet peut être cassant. Du fait des changements, et notamment de la scolarisation des enfants, ce jeu est de moins en moins pratiqué. La technique de fabrication étant cependant toujours transmise, on peut s’interroger sur le statut que prend l’objet aux yeux des jeunes générations.