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Tâche 2 : Interpréter le feu

Interpréter le feu de végétation comme facteur écologique, outil de gestion et support de réprésentations humaines

Le feu est un facteur écologique prépondérant dans les savanes dont il influence fortement la flore et la végétation. Les idées des scientifiques ont récemment beaucoup évolué à son sujet ; vu au départ comme une catastrophe responsable de la « savanisation » et de la dégradation du milieu, il est maintenant plutôt considéré comme une perturbation faisant partie du fonctionnement « normal » des écosystèmes de savane qu’il contribue à maintenir. Bien que le feu soit un élément naturel des savanes, ce sont les hommes qui l’allument aujourd’hui dans toute cette région d’Afrique. Ce sont ainsi les populations locales qui définissent la date, le rythme et l’extension des feux de végétation, puissant moyen de gestion du milieu qui façonne les paysages. Cependant sous l’effet du changement global (climatique et social), certaines modifications apparaissent. Si la possibilité physique de brûler dépend entièrement de l’état et de la structure de la végétation (quantité de combustible, état de dessiccation, continuité plus ou moins grande de la couche d’herbe, type d’usage des sols etc.), les pratiques de feu découlent en outre des représentations des habitants des lieux. La mise à feu des savanes a toujours été réglementée par la tradition villageoise, le feu entre d’ailleurs dans des rituels extrêmement structurants pour la plupart des sociétés paysannes de ces régions. Pour les pasteurs, le feu constituait naguère un puissant outil de gestion écologique des pâturages, mais les changements environnementaux des dernières décennies ont remis en cause ces usages anciens.
Historiquement le feu a fait l’objet d’une forte répression pendant la période révolutionnaire de 1983 à 1987 et reste aujourd’hui un objet de réprobation de la part les instances de gestion des milieux naturels. Le respect des réglementations imposées par l’État dans le cadre d’une gestion environnementale qui est souvent totalement déconnectées des idées locales laisse souvent à désirer. De nombreuses recompositions sont actuellement en cours autour du feu Comme objet de recherche, il permet d’articuler des questionnements écologiques, culturels et sociaux. Le Kénédougou, et plus spécifiquement le terroir sèmè (région d’Orodara) constitue un terrain d’étude intéressant en raison de sa récente vocation maraîchère et fruitière qui induit des remaniements et de son originalité ethnique et linguistique.

L’équipe d’écologie de l’IRD qui mènera ces recherches appartient au groupe SOSA de l’UMR 208 (IRD/MHNH Paris) ; elle se compose d’un chercheur écologue basé en France, d’un ingénieur agro-pastoraliste et d’un technicien botaniste basés à l’antenne IRD de Bobo-Dioulasso et d’un étudiant de l’université de Bobo-Dioulasso. Autour de la question du feu tel que le pratiquent les populations locales dans cette région, nous proposons de collecter en sèmè avec l’aide des linguistes des textes relatifs à la représentation du milieu naturel (dénomination des formations végétales, des sols, des étapes de la jachère, des types et zones de brûlis etc., commentaires sur les dates de brûlis etc.). Les domaines plus particulièrement ciblés parce qu’ils sont en liaison directe avec une gestion par le feu seront ceux qui touchent au pâturage, aux feux ordinaires ou rituels et aux bosquets sacrés (pratiques, prescriptions, interdits). Par des observations directes des pratiques de feux de végétation, nous vérifierons comment le discours coïncide plus ou moins étroitement avec la réalité.

 

Trois niveaux d’analyse seront recherchés :

  1. les représentations conscientes des gens, celles qu’ils expriment dans leurs textes,
  2. celles non nécessairement conscientes que pourra mettre au jour l’analyse linguistique
  3. et enfin ce que peut révéler le décalage plus ou moins grand entre pratiques et représentations.

 

Notre réflexion s’appuiera sur les connaissances écologiques acquises dans l’Ouest du Burkina Faso depuis 1990 dans des programmes pluridisciplinaires et pluri-partenaires consacrés à la jachère puis aux aires protégées.

Les résultats attendus sont un inventaire des formations végétales et des milieux naturels du Kénédougou, mais aussi les premiers éléments sur la diversité des pratiques de feux. Ils permettront de dresser un premier bilan des liens entre végétation et pratiques villageoises de feu dans le Kénédougou.