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Tâche 3 : Guider les aides

Guider les aides en intégrant les cultures de la nature dans les programmes de développement

L’engagement de la géographie dans le programme interdisciplinaire  RADICEL-K ne se comprend qu’en symbiose avec les deux autres disciplines impliquées, l’hypothèse scientifique préalable supposant l’existence d’une territorialité, c’est-à-dire d’un mode d’être à l’espace, définie par un couple Nature-Culture dont il s’agit de démêler les liens.

    Longtemps enfermée dans une dualité conflictuelle entre études humaines et études physiques des lieux, la géographie tend à transcender ce clivage en définissant le milieu comme un objet social. Ainsi, les courants les plus actifs de la recherche contemporaine suivent les voies de la géographie culturelle considérée comme moteur essentiel de la  fabrique des territoires. Il s’agit donc de comprendre comment le culturel façonne l’espace à la fois dans ses facultés d’organisation des sociétés mais aussi dans ses aptitudes à créer des activités spécifiques et des paysages associés, et ce aussi dans les milieux naturels peu investis par les sociétés humaines.

    Sur le plan de l’aménagement, la question centrale porte sur la place du culturel dans les programmes de développement. Si de nombreuses recherches sont aujourd’hui consacrées à la place occupée par les acteurs du développement durable dans les processus de résolution des problèmes sociaux, économiques et environnementaux, plus rares sont les travaux qui s’intéressent au type de nature qu’ils réclament. Ce point apparaît pourtant comme essentiel, particulièrement lorsque l’on analyse les discours et les pratiques de ces derniers et qu’on les confronte à ce que souhaitent les populations locales auprès desquelles ils interviennent. C’est ce que nous souhaitons identifier dans ce projet. D’où la proposition d’une analyse critique des opérations d’aide décentralisées intervenues depuis une dizaine d’années dans la province du Kénédougou. Pour chaque opération, nous observerons, d’une part, les différents discours émis par les protagonistes de l’aide sur les politiques de développement durable, d’autre part, les perceptions et représentations de la nature et de l’espace de la société dans laquelle l’aide s’est produite. Ces préoccupations culturelles rejoignent les réflexions en cours au sein de la FAO qui, pour se prémunir contre la dégradation de la biodiversité, préconise de « s’appuyer sur les savoirs locaux » et d’en « comprendre leur logique et leur perception pour enraciner les activités dans la culture » (FAO, 2003).

    Quatre résultats sont attendus par l’équipe des géographes, composée, pour cette tâche, de deux enseignants-chercheurs, d’un docteur, d’un doctorant et de trois étudiants en Master II. L’inventaire et la typologie des paysages du territoire sèmè (1), conduits en collaboration étroite avec les linguistes (pour l’aspect dénomination et perception des types élémentaires d’espaces) et les écologues (pour la classification écologique des formations végétales), donneront lieu à la création d’un Système d’Information Géographique et d’un atlas cartographique du pays sèmè. La comparaison de ce référentiel typologique établi dans le pays sèmè avec la typologie des paysages établie dans les ethnies et pays voisins par l’analyse d’images satellitales SPOT (2) permettra de vérifier que l'hétérogénéité culturelle engendre bien une diversité des paysages. Ces études déboucheront sur l’élaboration d’un second atlas portant sur l’ensemble de la partie méridionale de la province du Kénédougou. L’inventaire et la typologie des opérations d’aides intervenues selon l’analyse comparée des discours sur la nature émanant des acteurs du développement et des groupes culturels concernés (3) conduira à cerner l’influence du culturel et des représentations dans le succès des opérations de développement et, peut-être, de constituer un recueil de bonnes pratiques (4). Cette méthodologie sera appliquée dans la tâche 5 lors dune première évaluation des aides dans la région de Dédougou.